Sylvia Gimeno – artiste de la laine feutrée

Sylvia Gimeno – artiste de la laine feutrée

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« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » — Lavoisier

Docteure en sciences environnementales, Sylvia Gimeno aurait pu poursuivre une carrière strictement scientifique. Pourtant, depuis toujours, quelque chose en elle cherche la beauté : d’abord à travers la photographie, avec ses compositions soigneusement cadrées, l’harmonie des couleurs, la cadence des structures que l’on retrouve dans les paysages et les formes de la nature.

Un jour, elle découvre un tableau en laine feutrée – une œuvre simple, bouleversante de par sa pureté. Une rencontre décisive. Depuis trois ans, cette technique ancestrale, utilisée pour les vêtements, les yourts ou les chapeaux, est devenue son langage artistique.

Elle travaille à partir de la toison brute récupérée après la tonte des moutons ou de laine mérinos. Elle lave, carde et prépare la laine, puis compose ses tableaux. À la place du pinceau, des fibres ; à la place de la peinture, des fibres de couleurs naturelles ou teintées avec des extraits végétaux. La composition est pensée en détail : chaque couche de laine est posée avec intention. Le feutrage révèle ensuite l’œuvre sous une forme plus compacte, plus vibrante ; un moment où l’artiste voit sa vision prendre corps et s’affirmer.

Elle transforme un souvenir de paysage, une photographie, une émotion, en laine feutrée qui deviennent une œuvre.

Ses sources d’inspiration sont multiples et jouent sur les contrastes : l’ampleur des paysages et, en contrepoint, l’échelle du détail où la nature se dévoile — un lichen agrandi, les veines d’une roche, le frémissement d’une surface d’eau. Les grands abstraits — Rothko, Zao Wou-Ki — et les impressionistes nourrissent sa recherche de couleurs, de matières et de vibrations. Interpreter ces nuances en laine est un défi technique constant, qu’elle relève avec patience et passion.

Avant sa résidence au Icelandic Textile Center, elle explore l’Islande — volcans, glaciers, parcs nationaux — pour en capter les formes et les dynamiques. Là-bas, elle a perfectionné le feutrage à sec, qu’elle marie aujourd’hui au feutrage humide pour restituer la tension et les reliefs de cette nature.

Les visiteurs de ses expositions — récemment à Carte de Visite à Bruxelles ou au Parcours d’Artistes de Tourinnes sont souvent surpris par cette technique et par la matière. En vrai, ses œuvres fascinent bien davantage que sur les photos.

Ses œuvres parlent d’environnement, de changement climatique, de sécheresse, d’incendies — mais aussi de douceur, de cycles et de renaissance. Elle ajoute parfois des matières naturelles, comme un écho direct à la terre qu’elle souhaite défendre.

Elle tend ensuite sa « toile » de feutre sur un châssis : la matière brute devient tableau abstrait, interface entre nature et imagination. Ses œuvres commandées trouvent leur place dans des intérieurs privés ou des espaces professionnels, profitant au passage des qualités acoustiques de la laine.

Dans son atelier comme dans la nature, Sylvia cherche le même souffle : celui de la vie en mouvement.

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